fabrice lig aka soul designer

Vcalendar Posté le 13 Oct 2007 par Ana-Bélen

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Fabrice Lig aka Soul Designer est d’origine belge mais c’est du côté de Détroit que proviennent ses inspirations. Le CV de ce génie de la techno est impressionnant. Depuis 2000, il gagne un concours organisé par Laurent Garnier, signe sous les labels Fcom, KMS (le label de Kevin Sauderson), Versatil, Motech et j’en passe. Les plus grands reconnaissent vite ses qualités artistiques. Les années passent et transforment ce jeune premier en rock star de la scène, il tourne partout, est plébiscité par les artistes pour des remix : Fabrice est devenu un « grand ».

Pourtant il n’en a pas l’air assis confortablement sur ce sofa rouge, c’est certainement ça qui fait la grandeur des artistes : sa simplicité en est presque déconcertante. Passionné de musique, Fabrice parle beaucoup : « tu a assez de bandes ? Car attention on est parti pour un bonne tchatche »

me lance-t-il. Il parle de sa vie, de ces deux ans de « repos » : « J’ai eu la chance d’avoir pu prendre le temps pour réaliser mon nouvel album, de me reposer un peu, d’être avec ma famille». Ses deux petites filles de 5 et 7 ans, connaissent bien ce que fait leur père. Elles ne savent d’ailleurs peut-être pas qu’il était professeur de géographie il y a encore quelques années. C’est en 2002 après une double vie chargée qu’il prit la décision de quitter l’enseignement. Mais la transmission du savoir reste très emprunte chez lui : « Jeune je n’avais pas une grande culture musicale alors j’essaie d’ouvrir mes filles à l’environnement vaste de la musique, je leur fait écouter de tout. »

Ainsi après deux ans d’absence il revient avec un nouvel album « Evolutionism » qui sortira courant avril 2008 sous le label Third Ear en Europe mais qui est déjà dans les bac japonais. Certains maxi sont en route alors ne ratez surtout pas leur sortie, vu le Live de ce samedi ça mérite le détour, entre vocales soul, deep atmosphérique et morceaux funky adaptés au dancefloor, Fabrice Lig m’a redonné goût à la techno et c’est dire ! C’était très dansant, à vrai dire groovy serait le qualificatif parfait. Mais c’est quelques heures avant le Live, première mondiale, rien que ça,  que je le retrouve dans les backstages de la Case à Choc de Neuchâtel ce samedi 12 octobre pour la soirée « City Light » organisée par « Techno Collective ». Interview : 

> Et alors première mondiale ? Le stress monte ?
Oui un peu bien sûr mais c’est plutôt le stress de bien faire. Il faut être conscient que convaincre les gens n’est pas une entreprise facile. Au début j’ai eu cette illusion que je pourrais convaincre tout le monde mais là est toute la particularité de la musique : chaque personne la perçoit différemment. Evidemment il y a des artistes doués pour faire des choses très universelles, mais rarement dans la musique électronique. L’électronique est spécifique de part son public: d’une part il y a ceux qui ne connaissent pas très bien le genre ainsi les convaincre s’avère difficile, d’autre part il y a les supers connaisseurs qui sont très pointilleux et qui soulignent la moindre erreur. Après quelques années j’ai compris que le tout c’était de donner le meilleur de moi-même et dès ce moment j’ai accepté de ne pas forcément plaire.

> Peux-tu nous décrire un peu ton Live ?
Décrire sa musique et la musique en général est une entreprise difficile. Disons que j’essaie toujours qu’il y ait une progression. J’aime passer au début des morceaux un peu mélodique, atmosphérique mais pas trop longtemps non plus pour ne pas ennuyeux les gens et ensuite je passe des trucs plus appropriés au clubbing.

> Y-t-il une machine qui caractérise le son Lig ?
SH 101 Roland. Un vieux synthé monophonique. Je ne peux pas m’en passer. D’ailleurs Garnier m’appelle comme ça ! Il m’a demandé quand je ferai un morceau sans. J’en ai fait mais je trouve cette machine trop intéressante. Et c’est un peu ma marque de fabrique aussi. Si je ne l’ai pas en Live, je me sens tout bizarre : avec lui c’est comme à la maison!

> On t’a vu au MJF en 2002 un événement qui a marqué nombre d’esprits. Ça a été quelque chose d’important pour toi ?
C’est une de mes plus belles dates, et une des plus surprenante aussi. MJF c’était d’abord une surprise pour moi. A l’époque je n’avais pas une culture musicale très grande en jazz. Quand mon agent m’a annoncé le booking, ça m’a paru bizarre. Au vu du prestige de ce festival, j’avais presque honte de le dire à mes amis jazzman qui méritaient certainement plus que moi de le faire. Je ne réalisais pas vraiment l’ampleur de cette chance je crois, mais sur place c’était un peu différent. Au Miles Davis Hall, l’atmosphère du lieu m’a plombé d’office. Et lorsque j’ai vu la liste des gens qui ont joué dans cette salle, je me demandais vraiment ce que je faisais là !

> Il y a eu un passage à vide de la techno entre 2005 et maintenant. Comment l’as-tu vécu ?
Il y a eu toute une vague électro-house et électro clash et comme toutes les modes ça a un peu tué les autres courants. Alors quand tu sortais de la techno ça ne se vendait pas très bien, c’était considéré comme obsolète. C’est sûr qu’au niveau du booking, il y en a eu un peu moins. Ça m’a certainement influencé dans certains choix tactiques.

> Justement, est-ce que tu as été touché par cette vague electro-minimal ? Est-ce que ça t’a influencé ?
Non pas vraiment. En réalité pour moi ce n’est pas nouveau cette musique, la minimal existe depuis le début, Richie Hawtin en faisait déjà en ‘92, Robert Hood, Jeff Mills etc. Par contre les moyens de productions ont évolués bien sûr. Et c’est ça qui m’intéresse avant tout. Actuellement la nouvelle scène n’est pas très excitante à mon goût, c’est souvent trop lent, monotone, chirurgical. Quand j’écoute de la minimale je pense très vite à une ambiance blanche, aseptisée. Après je ne dis pas qu’il n’y a pas de bonnes choses au contraire j’admire le travail de Richie Hawtin, Villalobos ou encore Matthew Johnson par exemple, bien que je ne classe pas ce dernier dans la minimale mais dans la techno.

> Et n’as-tu pas été dévié de tes premières inspirations ?
Non moi je garde la même ligne de conduite, j’essaie d’évoluer dedans. J’ai un fil rouge mais sans frontières. C’est difficile à expliquer, quand je fais de la musique je ne pense pas, je travaille et ça vient seul. Mais c’est évident, il y a des choses qui se ressemblent, entre le premier opus sous Soul Designer, et ce que je fais actuellement, le son est différent mais les idées se retrouvent : c’est toujours musical, groovy, funky et émotionnel. Les ingrédients restent identiques, mais le plat est au final autre. C’est pour cela que l’album s’intitule « Evolutionism », je ne suis pas trop révolution, mais plutôt évolution j’aime faire avancer les choses.

> Hormis ton prochain album, t’arrives-t-il de travailler en co-production ?
Ca m’est arrivé mais pas souvent. Je n’aime pas tellement les collaborations, collaborer c’est souvent faire des compromis et les compromis ce n’est jamais très bon dans la musique. C’est parfois intimidant de travailler avec des gens, ma façon d’oeuvrer en studio n’est pas très académique. Je n’ai pas de barrières par rapport à la théorie, ce qui peu parfois être bien car ça peu sonner différemment. Mais je peux parfois passer une demi journée à créer une mélodie qu’un musicien fera en 10 minutes.

> Et si demain tout s’arrêtait, comment envisagerais-tu le futur?
Mon rêve c’était d’être musicien, alors quoiqu’il arrive je ne regretterai rien, j’ai accomplis mon rêve et je peux mourir tranquille.  Maintenant si tout s’arrêtait je retournerai à mon métier d’enseignant. Ces deux dernières années grâce à mes voyages j’en ai appris tellement plus sur le monde. Je sens que si un jour je retournais à l’enseignement j’aurais du plaisir. De plus vu mon statut de vie double que je menais, je pensais beaucoup à la musique en cours, j’avais souvent la tête ailleurs. J’y retournerai donc sereinement et avec un bagage sous le bras, remplis de connaissance sur le monde et les gens. Et je suis conscient que j’y retournerai très probablement un jour.

> De nos jours la musique électronique est produite de manière industrielle, ceci en partie grâce aux home-studios. Ne penses-tu pas que l’on risque l’étouffement?
C’est vrai qu’avec le digital tout va plus vite. Les sites tel que Beatport ont 1000 nouveaux morceaux en ligne par semaines… Je n’ai pas peur de l’étouffement mais je ne crois pas que ça soit une bonne évolution. Celui qui arrive à faire 10 bons morceaux par semaine a beaucoup de chance (rire), mais ça me paraît difficile. Actuellement, avec l’air de la surproduction due aux changements de modes de plus en plus soudain, quand un style marche on produit à la chaîne. Alors au final on perd un peu de qualité.

> De l’autre côté, les netlabels sont  une porte ouverte à la découverte de nouveaux talents. Partages-tu cet avis?
Oui bien sûr mais les talents sont noyés dans la masse. Avant, le travail des labels était de sélectionner, de découvrir et faire découvrir. Maintenant, grâce au digital, les labels sortent en masse et finalement demandent au public de faire les choix. Ce qui peut être bien, évidemment, mais les choix critiques ne sont plus valables avec une telle masse. De plus, j’estime que les bons labels doivent aller au-delà de ce que les gens veulent, ils doivent avoir un temps d’avance. Se calquer sur l’envie des gens c’est à mon avis déjà avoir un temps de retard. Le rôle des labels est de proposer quelque chose d’innovateur et d’innovant.

Nous le remercions beaucoup pour cette interview et cet agréable moment passé en  sa compagnie. Cet artiste ne cesse d’être lui-même et donc d’innover. Préparons nous pour 2008: assurément un grand crû!


 

Informations

prochain album:

“evolutionism” (third ear)

website:
www.fabricelig.com

remerciements:
à nicky carson @ technocollective pour avoir organisé l’interview
www.technocollective.com

 
"Je ne suis pas trop révolution, mais plutôt évolution: j’aime faire avancer les choses" [fabrice lig]

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