Leandro Fina, plus largement connu sous le nom de Le Noir, est un acteur incontournable de la scène électronique suisse, et peut se vanter d’avoir déjà derrière lui, malgré son jeune âge et après quelques années seulement, une carrière de dj très impressionnante qui l’a déjà conduit plusieurs fois à ibiza et dans d’autres grandes capitales européennes. Figure de proue de la scène zurichoise, grâce entre autres à sa ‘soirée noire’ au club q, le noir est parvenu à imposer son style, sans concession, mais toujours en convainquant, et a fondé de concert avec marco berto le label ‘be together’ qui s’affaire à exporter sa philosophie musicale aux quatre coins de la suisse. Sur le point de fêter ses 22 printemps lors d’une édition spéciale de la ‘soirée noire’, le 13 octobre au club q, il était temps pour nous de rencontrer l’artiste et de faire plus ample connaissance avec son univers.
A tout juste 22 ans, tu as déjà plusieurs années de djing et des références impressionnantes derrière toi. Peux-tu nous expliquer comment est née ta passion pour la musique et le djing?
Je pense que j’ai commencé un peu comme tout le monde. La musique, au sens large, a toujours été un élément important dans ma famille. Très jeune, je jouais de la batterie, des percussions et de la basse. Mes goûts musicaux ont toujours été larges et variés. C’est à 11 ou 12 ans que j’ai pour la première fois découvert les musiques électroniques au travers de connaissances plus âgées qui fréquentaient les premières soirées et raves en Suisse. Et vers 13 ans, j’ai touché pour la première fois une table de mix et des platines. J’ai continué à m’y intéresser et travailler, puis ai fini par décrocher un premier booking au 3.Akt de Brugg. Les dates se sont ensuite enchaînées jusqu’à maintenant. Aujourd’hui encore, j’écoute et joue des styles très différents. Les musiques électroniques sont simplement une partie de mon univers musical.
Comment as-tu été perçu en tant que dj alors que tu n’avais pas encore l’âge d’entrer dans les clubs et les soirées?
Disons que d’un côté c’était un véritable avantage pour moi. J’étais un peu l’attraction de la soirée. Ce n’est pas tous les jours que tu peux voir un petit jeune de 13-14 ans mixer dans un club. Mais d’un autre côté, j’avais beaucoup de peine à être pris au sérieux lors de discussions. D’autres, comme mike levan, ont pris la peine de m’écouter et ont constaté que je comprenais quelque chose à la musique, malgré mon jeune âge. Comme dit précédemment, j’ai grandi dans un environnement complètement imprégné par la musique et constamment entouré d’artistes, que ce soit mes parents ou leurs connaissances.
Tu as récemment sorti une compilation à l’effigie de ta ‘soirée noire’. Il s’agit déjà de ton quatrième disque. On remarque toutefois que l’univers musical de ‘soirée noire’ est complètement différent de celui de ‘eighteen’, ta première compilation. Peux-tu nous expliquer cette évolution?
J’ai toujours apprécié la musique exigeante et essayé d’éviter de tomber dans le piège du floorkiller auquel il manque généralement un ‘message’. Pour moi, un dj doit utiliser des tracks et des loops pour communiquer avec son public. La touche émotionnelle est donc fondamentale. Au début, je mixais surtout du garage et de la deephouse, mais j’ai été très vite intéressé par des labels allemands tels que pokerflat. Ces labels et leurs producteurs ont ensuite également évolué vers des sonorités plus electro et tekhouse, alors que le garage s’est gentiment essoufflé. Cette transition s’est donc fait tout naturellement. Beaucoup ont d’ailleurs suivi cette évolution, à l’exemple de danny tenaglia qui est passé du pur garage à de la deep et dark tribal house. Aujourd’hui, mon son est plutôt technoïde, sphérique et souvent orienté big room.
On peut aussi constater ce changement au niveau de la scène et des clubs. Mais beaucoup y voient une révolution plutôt qu’une évolution…
A mon sens, ce n’est pas une révolution, ni une véritable évolution. Clairement, on assiste à un retour aux sources. Il n’y rien de nouveau dans le son tekhouse, progressive tekhouse, etc. Laurent Garnier le faisait déjà il y a 8 ans et plus. C’est juste que ça vient de s’imposer ici en Suisse à grande échelle. Le trend minimal, c’est encore quelque chose de différent. Là, on peut parler d’une certaine révolution, initiée notamment par richie hawtin et qui a ensuite envahi l’europe depuis l’allemagne. Mais pour le reste, c’est ‘back to the roots’!
Pour ton anniversaire le 13 octobre au club q de zurich, tu as invité l’anglais pete heller comme headliner. J’imagine qu’il a joué un rôle important dans ta reconversion musicale décrite précédemment…
Absolument. Pete Heller m’a énormément influencé et à mes yeux, il a un style très particulier de mélanger la progressive et la tekhouse. Même si depuis presque tous les artistes anglais intègrent le son allemand dans leurs sets, pete heller qui présente au mieux ce mélange à travers ses mixes et productions. Dans ce sens, il a vraiment apporté quelque chose de nouveau et ça m’a beaucoup inspiré. En plus, il était déjà venu à l’une de mes soirées, et vu son excellente prestation, c’était la bonne occasion pour l’accueillir à nouveau.
Et puisqu’on parle de production, qu’en est-il de ton côté?
Depuis plus d’une année, j’ai consacré beaucoup de mon énergie à ce changement d’image de dj afin de gagner le respect et être reconnu par la scène underground ou alternative. Ceci sans compter la mise sur pied du label ‘be together’. En fait, je n’ai eu que trop peu de temps à disposition pour vraiment m’immerger dans un studio. L’aspect administratif a pris le pas sur le créatif. Mais maintenant que nous sommes mieux organisés, je peux enfin m’y mettre sérieusement et je passe désormais un à deux jours par semaine en studio pour me concentrer sur des projets plus créatifs.
As-tu justement créé ‘be together’ avec marco berto dans l’optique d’en faire à terme un label sur lequel tu sortirais tes propres productions?
Non, nous n’avons pas lancé ‘be together’ avec ce principal objectif. L’idée est plutôt de labelliser notre philosophie musicale et notre approche du clubbing, et ainsi créer une identité propre et pouvoir offrir un package complet de concepts de soirée, d’une plate-forme de djs et un style, une ligne graphique particulière, sans oublier tout le merchandising qui va avec. Par exemple, nous lancerons prochainement une ligne de vêtements ‘be together’ en collaboration avec puma et une nouvelle compilation sortira chez universal au début 2007. La porte reste bien sûr ouverte pour les activités liées à la production, tant que l’on reste fidèle à notre philosophie musicale. Mais une chose après l’autre, d’autant que les maisons de disques subissent actuellement des pressions économiques importantes.
En effet, on remarque que depuis quelques années, les partylabels sont omniprésents sur la scène. De sorte que les djs ne sont plus résidents d’un club, mais d’un label. Comment expliques-tu cette évolution?
Les clubs sont à l’origine de ce changement. Ceux-ci ont commencé à massivement travailler avec des ‘brands’ externes de suisse comme de l’étranger plutôt que de créer leurs propres concepts avec leurs propres djs. Mais le principal problème est que la plupart des résidents de labels en suisse ne le sont pas parce qu’ils jouent la musique du label mais parce qu’ils ramènent du monde dans les clubs. On assiste donc musicalement à un nivellement par le bas, ce qui explique certainement pourquoi le niveau général en suisse n’est pas très élevé, sauf au niveau de la scène alternative où d’excellentes choses se font. Dans l’ensemble on ne peut pas comparer la culture du clubbing en suisse avec ce qui se passe en italie, allemagne ou angleterre.
Donc on demande au dj de prendre le rôle de l’entrepreneur au détriment de celui d’artiste?
C’est en effet le principal problème à mon avis. Un bon dj se doit d’avoir un bagage culturel important en matière de musique, au-delà des musiques électroniques. C’est le cas des principaux djs. Certains ont étudié la musique, d’autres pas. Mais tous ont de grandes connaissances musicales. Il faut aussi savoir construire une ambiance, raconter une histoire avec des tracks, etc. Tout ça s’apprend. Tu ne peux pas du jour au lendemain acheter quelques bons disques, mettre des lunettes de soleil et te placer derrière la console. Ce n’est pas ça l’art du djing. Croire le contraire serait mépriser le travail fourni par des artistes tels que john digweed, james holden, sasha et bien d’autres. On n’apprécie pas un bon repas d’un grand restaurant de la même manière que le hamburger du fast-food du coin. C’est pareil pour le djing.
Et que peut-on donc attendre musicalement de ta prochaine soirée au club q le 13 octobre?
En gros, le style de musique de ‘be together’, celui que nous défendons au sein du label. Marco Berto joue principalement dans un registre tekhouse alors que mon son tend plutôt vers un mélange entre techno sphérique, progressive et house, un peu comme pete heller. Finalement, gogo et dani könig termineront la soirée avec des sonorités un peu plus techno. Voilà pour le programme!









21 Août 09: David Guetta